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Interrogés par le juge Apessé, tous les accusés ont présenté des alibis en béton armé en cette onzième journée

Crimes sans coupables

Ils ont des yeux et n’ont rien vu ; des oreilles et n’ont rien entendu, un nez et n’ont rien senti, un coeur et rien ressenti. Ainsi peut se résumer le système de défense des présumés assassins du Beach de Brazzaville en cette onzième journée d’audience.

Affaire des Disparus du Beach : Acte 11. Brazzaville. Le 2 août 2005

La onzième audition de l’affaire des Disparus du Beach n’aura duré que 2h34 min. A 17h32, lorsque l’audience est levée, le président de la cour engage les avocats intervenant dans ce procès à affûter leurs armes. A charge ou à décharge, il a écourté la séance afin que les avocats aient le temps matériel pour contacter des témoins en vue des éventuelles confrontations ou à simple titre d’informations.

Tous les accusés ont été interrogés à deux reprises et tous ont nié les faits qui leur sont reprochés. Le prévenu Pierre Oba, qui serait hospitalisé à l’hôpital militaire de Brazzaville devrait probablement passer à l’épreuve des questions tant des magistrats que des avocats ce 3 août 2005, tout juste avant la première série des confrontations directes entre les accusés et les témoins.

La cour annoncée à 15h15, commence avec la seconde audition de M. Jean Pierre Essouébé, chef d’état major "Axe Nord", basé au PK 45, au moment des faits. Il réfute les causes de sa comparution et prétend être dans ce prétoire austère, fait de granite (expression chère à M. Charles E. Apes, président de la cour) pour une affaire de 80.000 FCFA. Il argue que le 12 juillet 2002, il est convoqué par le doyen des juges sous le nom de J. Ossouébé pour une confrontation avec une femme dont l’enfant avait disparu au Beach. Me Hervé A. Malonga a aussi, dit-il, assisté à ce face-à-face. La mère du disparu aurait remis une somme de 80.000 FCFA à un certain Nkéoua, lequel devait la donner au colonel J. Ossouébé, travaillant au domaine présidentiel, pour la mise en liberté de son fils.

Me Nkouka, avocat des parties civiles, toujours impérial dans sa toge, de sa voix coupante précise que M. Essouébé est poursuivi compte tenu du fait qu’il était le responsable des geôles qui se trouvaient au bar la Congolaise, ancienne résidence de M. Yombi Opango, au moment des faits.

Quand Me Nkouka transmet en catimini les noms des personnes qui seront confrontées au colonel Essouébé, les avocats de la défense font la grimace. Ils n’apprécient pas du tout cette procédure ordonnée par le président de la cour. Il s’ensuit alors une envolée oratoire des avocats. Tout ce que veut la cour, déclare son président, c’est que les parties civiles amènent les preuves à charge et les avocats de la défense adoptent des stratégies pour décharger leurs clients.

A cette déclaration, Me Ngoma reproche au président de la cour de faire prévaloir les faillites des parties civiles dans leurs stratégies. Hors de lui, l’avocat demande, au lieu d’aller par quatre chemins, de prononcer la sentence selon laquelle il y a eu suicide collectif et volontaire des disparus pour acquitter les accuser.

A ce coup de massue, l’audience est suspendue à 16h02min.

Après une dizaine de minutes, le président de la cour déclare que les propos tenus en audience bénéficient d’une immunité et appelle les avocats à tenir des propos plus courtois. Par la voix des responsables des bâtonniers de Brazzaville, et Pointe-Noire et du bâtonnier national à la quelle s’associe celle de Paris par Me Cathy Richard, les avocats des deux camps s’excusent auprès de la cour et de son président du "scandale" qu’on venait d’offrir à la cour.

Sous d’heureux auspices, le procès continue par le second interrogatoire de Gabriel Ondonda, directeur de la documentation de la sécurité présidentielle, à l’époque des disparitions. Il ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. Il stipule qu’entre le 5 et le 20 mai, il se trouvait à Oyo, en mission dont la note n’est pas en sa possession. Il reconnaît avoir reçu le colonel Marcel Touanga dans ses bureaux qui se trouvaient dans le même bâtiment que la garde républicaine.

Me Nkouka demande à l’ingénieur des mines Ondonda s’il était présent le 21 mai 1999 dans les locaux de l’ancienne présidence du plateau lorsqu’un grand feu était brûlé et à partir duquel s’échappait une fumée noire accompagnée d’une odeur nauséabonde qui avait fait fuir tous les travailleurs et habitants des environs. Il affirme avoir été présent en ces lieux mais n’a pas remarqué ce champignon de fumée.

Quant à l’accusé Rigobert Mobède qui travaillait à la garde républicaine en tant que secrétaire du colonel Avouka, il ne reconnaît non plus les faits pour lesquels il se trouve dans le prétoire et dit n’avoir jamais rencontré M. Touanga.

Keila Samuel,
Brazzaville, le 3 août 2005

Origine image : gabrielopenshaw

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