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Alliances et mésalliances

Cacophonie dans le monde politique congolais

Dans l’entendement congolais, avoir de la politique, c’est être doué de mensonge. En disant le contraire de ce qu’ils font, les leaders congolais , à commencer par Sassou et Kolélas, sont de vrais "politiques".

Si la réconciliation des frères ennemis, Sassou et Kolélas, fait couler beaucoup d’encre avant les futures législatives, il aussi penser à l’avenir du pays

A quelques semaines des élections législatives au Congo, se développe une cacophonie dans le monde politique et le re-mariage dans un « Je t’aime, moi non plus » entre les deux frères ennemis d’hier, bouleverse les données de la balance politique du pays. Personne n’avait imaginé un tel scénario, le retour de Kolélas n’étant pas prévisible avant ces élections. Car d’aucun pensait que ce dernier finirait ces jours dans son exil compte tenu de la bizarre guerre de Ntumi qui ne laissait pas tranquille le pouvoir.

Sassou Nguesso et Kolélas : « Je t’aime, moi non plus »

Sassou Nguesso et Kolélas se sont retrouvés à la grande surprise des victimes de leur guerre. J’avais imaginé la renaissance de leur alliance brisée il y a quelques années, après la guerre de juin 1997. (Lire « L’amnistie de Kolélas » in (www.afrology.com). Les services rendus au "vieux de Total" après la mort de sa femme ne pouvaient le laisser insensible. Marqué par l’âge et gonflé par le natal qu’il tenait à revivre après moult tentations, Kolélas ne devait qu’accepter la main tendue de Sassou Nguesso. Mais au lieu de voir toujours le côté politicien de leur acte de reconciliation, il faut aussi réfléchir sur la situation du pays qui laisse à désirer. Et devant le dilemme qui le regardait, que pouvait faire Kolélas rentré au pays d’une façon inattendue. On s’étonne de le voir revenir dans les bras de son frère ennemi. Que pouvait-il faire devant les réalités de la situation trouvée au pays sur fond de toute l’assistance matérielle et financière de Sassou Nguesso ? Continuer son "jusqu’au boutisme" ? Non ! Et on devait crier au scandale si Sassou Nguesso s’était opposé au retour de Kolélas. Il pouvait bien le faire, et le ciel "n’allait pas tomber". On dit que l’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle.
Le vieux de Total aurait peut-être compris que sa fonction de Premier ministre éphémère de Pascal Lissouba n’était qu’un piège. Cette fonction ne lui avait pas rendu service en dehors des malles de billets de banque à lui donnés dans l’exercice de sa nouvelle fonction. Est-ce que vraiment Kolélas est un homme politique ou un simple courageux révolté à l’image de lui-même ? Est-ce qu’il ne serait pas trompé et obnubilé par son messianisme ?

Et-ce qu’il y a des grands hommes politiques fidèles à leurs idées au Pool qui a été marqué par les différentes guerres de ces dernières ? Il y a eu les Diawara, les Matoumpa Mpolo et aujourd’hui les Ndalla Graille et les Mvouba et peut-être encore les Ambroise Malonga. Les autres ne seraient que des parleurs qui ne savent pas la science véritable de la politique. Notons en passant que les véritables hommes politiques congolais ont été façonnés dans les pays de l’Est où, tout cadre formé dans n’importe quel domaine, devrait savoir la science politique, contrairement à ceux qui, formés en Occident (comme moi), ont brillé par la parlote et les revendications, comme cela se passe en général dans la société occidentale. La preuve : la diaspora congolaise venue de l’Occident avec des belles idées à la Conférence nationale en 1991, avait lamentablement échoué, car récupérée par les vieux crocodiles de la politique. Ainsi les partis d’avenir, (en plus d’une partie intègre de l’UJSC) comme le PARI, le MOLIDE ne sont plus que de vagues souvenirs dans le milieu des jeunes de cette époque , car devenus grands serviteurs des vieux politiciens du pays.

Que pouvait-il faire d’autre ?

Kolélas a trahi ses convictions. Tout le monde l’a compris. Il a décidé d’œuvrer pour la paix à sa manière en regardant de loin le champ macabre que révèle sa région. Que pouvait-il faire d’autre ? Continuer un combat qu’il avait perdu avec de milliers de cadavres à son compte ? Au lieu de critiquer à tout moment, car le Pool est aussi responsable de ses souffrances, ses enfants devraient plutôt voir du côté économique pour redresser leur région. On devrait remplacer la prolifération des parties politiques par des ONG sur fond économique. Et cela dans toutes les régions de notre pays.

Kolélas et Sassou désormais en bonne intelligence

Il paraît qu’ « il n y a que les imbéciles qui ne changent pas » disait un certain homme d’église congolais. Peut-être que Kolélas aurait compris ces paroles, lui qui souvent mélangeait politique et prière, pour revenir aux bons sentiments de la paix malgré son cuisant échec politique. Jamais il ne pourra briguer la magistrature suprême car la Constitution et son âge qui approche inexorablement la porte de Saint-Pierre ne lui permettent plus cette ambition qu’il portait en lui depuis la mort de Youlou. On peut dire que l’homme propose et Dieu dispose. Après tout, il faut aussi voir le rapport de force sur le terrain. Et quand on a passé plusieurs décennies au bord de la Seine, quand on a oublié les réalités du pays que l’on caricature parfois à dessein, on est loin d’être réaliste. Le temps laisse toujours le temps au temps pour faire son histoire.

Il nous faut un Ministère de la Diaspora

Le pays compte sur la diaspora qui devrait se mobiliser économiquement au lieu de rabâcher les mêmes revendications politiques. L’exemple de nos amis les Ouest-Africains, et en particulier les Maliens, devrait nous faire réfléchir. Kolélas et ses "complices" sont à l’orée du crépuscule de leur vie familiale et ... politique. La diaspora devrait se mobiliser pour se rencontrer avec ses frères au pouvoir au pays afin de mener des discussions franches comme par exemple la proposition d’un Ministère de la diaspora qui lui permettrait de poser ses problèmes en toute réalité au lieu de passer par des critiques sans propositions rappelant ainsi aux parents l’adage qui dit que "la politique, c’est l’art de tromper" (luvunu ; lokuta, bungungu, mampia). Ce qui unit les Congolais est plus fort que ce qui les divise. Dans quelques années, ceux qui nous dirigent ne seront plus que des "loques humaines" et la nouvelle génération doit se préparer pour tendre la main à la jeunesse qui est au pouvoir et celle qui semble lutter dans une « opposition de ventre », pour réfléchir sur les lendemains du pays. Chaque chose a son temps. Laissons Sassou Nguesso et Bernard Kolélas faire leur temps puisque la situation du moment leur impose de « respecter » leur alliance d’antan car le souffle des atrocités qu’ils ont eu à provoquer semblent s’éloigne pour laisser la place à la paix. Et cette PAIX, nous devons la préserver malgré tout ce que nous avions connu dans les années 90. Sans la paix, les Congolais ne pourront rien reconstruire. Et ce ne sont pas ceux qui ont vécu les guerres du Congo par la magie de la technologie sur les bords de la Seine qui pourront objectivement parler de cette situation. L’avenir appartient à la nouvelle génération qui doit se préparer pour prendre la relève. Mouvance présidentielle et Opposition au Congo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet car ils n’ont rien à apprendre à la nouvelle génération et aux « larges masses populaires ». Puisque la plupart des partis de l’Opposition, en dehors du MCDDI et de l’URD Mwinda, ne sont que constitués des transfuges du PCT. Triste réalité ! Ils avaient tous quitter le navire le croyant gagner le fond de la mer pour toujours.

La prostitution des hommes politiques congolais

Au lieu de continuer à gaspiller l’argent dans les phases de « municipalisation » on ne peu plus énigmatique des chefs-lieux de région sur fond de célébration de fête nationale, (car l’action profite aux entrepreneurs mafieux) le président de la République devrait plutôt responsabiliser les natifs de chaque région en leur confiant les budgets de développement et en prenant les populations à témoin. Ainsi ces responsables rendraient compte à leurs populations dans l’utilisation du budget alloué. Et ces mêmes populations « s’occuperaient » de ceux qui n’utiliseraient pas à bon escient le budget de développement de la région. Une sorte de fédéralisme positif qui ne dit pas son nom. Et le Gouvernement éviterait d’encaisser tous les coups à l’Assemblée qui représente le peuple, pour la malgérance de ce budget par certains fils irresponsables de notre pays. Et il (le Gouvernement) pourrait même avoir l’occasion de sanctionner les mauvais utilisateurs de ces fonds publics avec la bénédiction des larges masses populaires. En toute chose l’excès est nuisible et, nous disons que la prolifération des partis politiques paraît nuisible pour la bonne marche des idées politiques. Que Kolélas retombe dans les bras de Sassou Nguesso, que maître Martin Mbéri ait trompé Pascal Lissouba après (et peut-être avant) la guerre du 5 juin 1997, que Victor Tamba Tamba, après avoir pris la poudre d’escampette à la guerre de juin dont il était l’un des acteurs implicites, ait fait un tour du côté de Mpila, que Thystère Tchicaya ait passé de l’Opposition à la Majorité et vice versa sans fausses hontes, cela n’étonne pas le Congolais lambda. La prostitution des hommes politiques sur fond de trahison à cause des intérêts financiers et matériels ne date pas d’aujourd’hui. Au Congo, ils sont rares, les fidèles et les vrais « bosseurs » que l’on peut compter sur les bouts des doigts. Mais ils sont quand même là car ils ont marqué la jeunesse du pays. Heureusement pour l’avenir !

Que le Gouvernement et les partis politiques prennent leur responsabilité pour que les législatives se passent dans de bonnes conditions et que l’on pense maintenant à l’économie, l’éducation et à la culture. Et quel retard par rapport à nos voisins gabonais et camerounais pour ne citer que ces deux exemples ?

Noël KODIA

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