Un chef de guerre congolais devant le tribunal de La Haye ! Par Richard Songo | le 19 Mar 2006 Afrique,
Un Congolais rdécien dormira dans une prison hollandaise ce soir, aux bons soins de la Cour pénale internationale de La Haye. Il sagit de Thomas Lubanga, un chef de guerre qui a semé la terreur en Ituri (est de la RDC), violé et pillé au nom dune cause de mort quil ne ma jamais expliquée lorsque, il y a deux ans, je lai interviewé. Le Hercules C-130 de larmée française a quitté Kinshasa-Ndjili ce matin à 7h ; il devrait atterrir dans les heures qui viennent à La Haye.
Cest le début dune page nouvelle pour lAfrique sans doute ; un acte de courage qui préfigure cette lutte contre limpunité qui nous vaut de voir des dictateurs et des sanguinaires, meurtriers multiples de leurs frères et de leurs surs, se prélasser dans des villas cossues accueillies par dautres dictateurs et/ou sanguinaires au nom dune fraternité qui a du mal à shabiller dhumanitaire.
Loin de chez nous dans le temps et dans lespace, Mengistu Hailé Maryam se coule des jours heureux au Zimbabwe ; Hissène Habré au Sénégal ; Anges-Félix Patassé au Togo ; Charles Taylor au Nigéria ; Jean-Bertrand Aristides en Afrique du Sud ; Alice Lakuenia (Ouganda) est au Kenya ; Joseph Kony (Ouganda) peut-être au Soudan… Sans parler de la cohorte des autres membres honorables du Syndicat, qui engraissent leur prostate à lombre dune suspecte générosité française ayant contribué peut-être à leurs renversements (cas des Duvalier « Bébé Doc » (Haïti) et autres Didier Ratsiraka...)
La décision de traduire Thomas Lubanga devant une juridiction internationale reprend là où lavait laissé le processus ébauché avec Foday Sankoh, chef de guerre de Sierra Leone et coupeur de mains reconnu qui a eu la bonne idée de montrer à Milosevic que pour éteindre une action en justice, après des crimes contre lhumanité, il suffit de mourir en prison.
Plus près de nous, Thomas Lubanga devrait ouvrir la voie royale de la justice sans émotion ni parti-pris à dautres sanguinaires meurtriers, en fuite ou en cours de restauration de virginité, au Congo ou à lҩtranger. Ntumi, bien entendu ; chef dune guerre incompréhensible mais tout autant sanguinaire et folle. La volonté dun peuple devrait pousser à ce que ceux qui ont eu des responsabilités dans le sang congolais versé en répondent.
Le procès des Disparus du Beach na pas totalement assouvi la soif de justice de lopinion ; ayant abouti à une reconnaissance des responsabilités dans la disparition de 300 citoyens congolais (valant chacun dix millions de francs CFA dindemnité) sans désigner un seul coupable. Si : lEtat congolais… Or notre sagesse populaire sait que lEtat cest tout le monde et personne - « lEtat ezali yo, lEtat ezali ngaï »… !
La nouvelle du transfèrement de Thomas Lubanga à la Haye, survient aussi au moment où dans le Congo-Brazzaville daujourdhui la mode est désormais à la demande de pardon. Sassou et le PCT ouvrirent la voie, Kolélas a suivi et aujourdhui cest au tour de lUPADS de Pascal Lissouba. La déclaration publiée ce matin par Pascal Gamassa (président par intérim ?) est un vrai morceau danthologie : « Au nom du président Lissouba condamné abusivement à lexil, nous demandons pardon au peuple. Dans la tragédie que notre pays a connue, notre parti, lUnion Panafricaine pour la Démocratie Sociale (UPADS), a certainement sa part de responsabilité pour navoir pas pu protéger la jeune démocratie congolaise et pour avoir cédé à la provocation de ses adversaires (...) Le président Lissouba na pas demandé une amnistie. Mais si le pouvoir actuel pouvait prendre des mesures de clémence, ce serait une bonne chose pour le retour de tous les exilés », a dit M. Gamassa. Le Président Lissouba fait des progrès : on se souvient quÒ la Conférence nationale de 1992, il avait catégoriqiuement refusé de demander pardon pour les morts de Matsokota, Pouabou et Massoueme.
Au cours de la même conférence de presse, le président par intérim de lUPADS a annoncé que « le président Lissouba a signé depuis la France des actes de réintégration de tous les camarades exclus de lUPADS ». On va y arriver !
Et cest tout ? Il suffit donc que tous les écumeurs de la Nation, les tirailleurs qui hier se bombaient le torse et se vantaient den avoir « buté autant que javais de cartouches » viennent sur les places du Congo, kalashnikov fumantes sur lҩpaule, demander pardon pour que nous applaudissions ? A quand lҩrection de places du héros à des « Eyoma », « Chiens méchants » et autres « Willy Mantsanga » ? Et le président Denis Sassou Nguesso accordera, en innocent, les amnisties cosmétiques pour recycler ceux qui hier nous ont tués, nous ont fait mal, nous ont ruinés sans même la certitude quils aient tout à fait fini ?
Par Benda Bika
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