10 après loffensive généralisée : de pitié en piti Par Richard Songo | le 29 Mai 2007 Pouvoirs,
Jai lu avec un certain intérêt la réaction du Frère (de la sur ?) bestg, en réaction à un article publié sur CP relatif au rabibochage entre Bernard Bakana Kolélas et son jeune frère Denis Sassou Nguesso, et par la même occasion, consacrant les retrouvailles entre le PCT (ou FDU) et le MCDDI.
Il faut noter quune partie (même infime) du parti de Kolélas avait déjà rejoint le camp du vainqueur de la guerre en 1997, par le biais du ministre Michel Mampouya, actuel président du PSVR (Parti de la sauvegarde des valeurs républicaines). Michel Mampouya a pris dҩnormes risques en 1997 où, sous certaines balles il faisait tout le temps la navette entre le fief de son mentor, Kolélas qui lenvoyait en mission chez lallié dalors, Sassou Nguesso. On a tous vu ce que cela a donné. Nous allons dalliances en alliances avec toutes les combinaisons possibles et inimaginables. Et 16 après la fin de la CNS (Conférence nationale souveraine), force est de constater que le pays de J.-F. Tchicaya et de Jacques Opangault (deux hommes que je respecte par dessus tout) na pas avancé dun seul millimètre. Nous connaissons le bilan du Premier ministre André Milongo durant les 14 mois de transition doù il na pas pu faire mieux que de terminer 4ème après la consultation électorale de 1992 (soit, sauf erreur de ma part, le plus mauvais score de tous les Premiers ministres de transition qui ont eu à gérer les pays au Sud du Sahara après la restauration du multipartisme). Quant au bilan du professeur des professeurs, je nai même pas envie de mҩtaler dessus aujourdhui, on la fait mille et une fois, il est encore à faire, surtout de la part même de ceux qui, 5 ans durant, bon an mal an ont géré nos 342.000 km2 en sa compagnie, sans parler de nos ambassadeurs.
Près de 10 ans après la fin de la guerre, force est de reconnaître que le président qui aura, sa vie durant bénéficié des meilleurs opportunités pour essayer de sortir le pays de la fange dans laquelle il patauge depuis les années 70, Denis Sassou Nguesso se montre jour après jour incapable de la moindre initiative positive qui puisse faire dire au fonctionnaire congolais qui tirait le diable par la queue en 1997 « Je peux me soigner dignement ! » Ou encore au vieux retraité depuis des années : « Mon fils avec sa licence ou ma fille avec sa maîtrise peut tranquillement passer son concours de la Fonction publique, et sil (elle) fait partie des meilleurs(es), il (elle) pourra assumer sa nouvelle vie. Se marier, avoir des enfants et pourquoi pas, construire sa maison et ne pas être locataire comme je le suis encore à mon âge » Si bien sûr notre pauvre retraité na pas vu sa maison pillée et cassée par un Cobra, Cocoye, Ninja ou que sais-je encore
Le Congo de Marien fait peur. Il fait peur à ses enfants qui sont bien conscients que bâtir un Congo moderne est un travail de longue haleine, qui demandera des décennies et nombre dentre nous ne verront sûrement pas 10% de ses fruits de notre vivant. Mais force est de constater que le minimum ne vient pas. Ni à pieds, ni à genoux. Même pas à une vitesse de mille-pattes.
Dois-je parler de leau qui est une denrée aussi rare que des poils sur un uf ? Dois-je parler de lҩlectricité qui est plus quun luxe aujourdhui : un vrai diamant, à moins dҪtre pourvu dun groupe électrogène. Ce qui ouvre encore dautres portes : il faut des sous pour en acheter. Après lachat, il faut du liquide dans les stations service. Au pays de lor noir, les Congolais broient du noir, en termes énergétiques aussi. Pourtant, Dieu sait que jamais on na eu autant dentrées dargent depuis 10 ans dans ce secteur Mais quand lincompétence et le népotisme sont mis dans le même panier, il ne faut pas sҩtonner de voir que plus on pompe du pétrole du sous-sol congolais, plus les populations sappauvrissent et plus une sorte de petite nomenklatura senrichit à la vitesse de lҩclair, pour jouir au maximum aujourdhui et préparer les lendemains de perte de pouvoir qui ne sont pas toujours roses. Loin sen faut Certains se souviennent encore de la chute du Prince en 1992. Dautres ont encore en travers de la gorge un certain 15/10/1997
On pourrait à cette allure écrire des tonnes et des tonnes de papier.
Cependant, aujourdhui, je voudrais mettre le doigt sur deux faits qui gangrènent à leurs manières aussi la société congolaise, au point que je me demande quand les médecins décideront de lamputation. « Je mets tout en uvre, nous mettons tout en uvre pour lutter contre la corruption ! » Evangile prononcée à Bruxelles par notre prince bien aimé devant des membres de la CE (Commission européenne). M. Louis Michel, le commissaire européen en charge du Développement et ex-ministre belge des Affaires étrangères, qui connait bien notre sous-région (Afrique centrale) était absent et avait désigné un de ses collaborateurs pour « recevoir » le président congolais. Ce représentant avouera par la suite (en « off » comme disent les journalistes ) que cest par respect pour lhôte, pour le Congo et pour la CE quil na pas pouffé de rire et surtout quil na pas quitté la salle, indigné quil était dentendre ce kleptocrate reconnu parler de lutte contre la corruption. Cest comme si un alcoolique donnait des conseils pour arrêter de boire Mon frère (ma sur) bestg va peut-être encore dire que je continue dans la critique facile de Sassou Nguesso, Denis de son prénom.
Quon aime le Congo ou pas, quaime tel président ou pas, que lon considère Sassou Nguesso comme le moindre mal ou pas, il faut reconnaître que le poisson pourrit par la tête. Ce nest pas parce que je naime pas le lapin que je vais nier quil a de grandes oreilles. Cela dit, lexemple devrait venir den haut. Et si lexemple ne vient pas den haut, chacun à son niveau essaie de faire « comme plus haut » afin que « chacun ait sa part » (souvenons-nous de Lissouba et de son Nkossa). Cest ainsi que depuis que Marien Ngouabi (qui nҩtait pas un homme dargent, il faut le souligner) a laissé autour de lui une bande de rapaces, de corrompus et de corrupteurs faire main basse sur les deniers publics, la dérive du Congo-Marien ne fait que samplifier. Comment un chef qui vole peut-il demander à ses collaborateurs de faire le contraire ? Comment un homme politique qui permet à sa famille de sapproprier les deniers publics et parapublics peut-il demander au citoyen lambda de se serrer la ceinture ? Sur quelle basse ? Avec quelle légitimité ? On peut me dire « propose ! » Je réponds « ok ! » des propositions, nous en faisons tous les jours, dans les discussions avec ces Hommes qui ont le destin du pays en mains : zéro résultat. On le fait sur le Net où chacun selon son niveau et ses compétences essaie dapporter sa pierre à lҩdification dun Congo nouveau et dépouillé des tares que nous vouons aux gémonies nuit et jour : en vain. Des compatriotes ont eu le courage dҩcrire des textes au sujet du scandale que constitue la glorification du colon de Brazza (notamment le professeur Elenga Ngaporo et Atondi Momondjo Lecas, http://www.congopage.com/article4272.html ). Des débats ont été organisés au pays : à la radio et à la TV. Zéro résultat. Le pouvoir nest pas sourd, mais il est autiste. Un de ces hommes a même reçu des menaces (il se reconnaîtra, et je tais volontairement son nom).
Le Congo a reculé de plusieurs cases et on a limpression dҪtre revenu au monopartisme où il fallait surveiller ses mots avant de mettre en cause le prince et/ou sa famille. Quel est ce pays où le maire dune grande ville se permet daller agresser physiquement le 1er quidam qui ose lui tenir tête et il ny a aucune poursuite judiciaire ? Dans le même temps, on paie de pauvres hères pour aller manifester devant le consulat de France pour une affaire quils ne connaissent ni de Songolo ni de Kingani. Pour les bastonner peu après.
Si la Constitution (quon lapprécie ou quon ne lapprécie pas) nest pas respectée par ceux-là mêmes qui sont censés la garantir, quelle est la marge de manuvre des citoyens ?
« Le poisson pourrit par la tête » disais-je plus haut. En effet, il pourrit tellement bien quÒ tous les niveaux de la société, on veut égaler, avec des moyens divers cette tête. En 1994, me rendant à la Maison commune de Ouénzé (arrondissement 5) pour retire un Extrait dacte de naissance, je fus étonné :
De voir le fonctionnaire qui devait soccuper de moi arriver à 11h00 (jҩtais là depuis 10h00 et personne dautre ne pouvait soccuper de moi !) ;
Sans un mot dexcuse, ce dernier me demanda une somme dargent qui correspondait au double de ce qui était prévu. Je croyais naïvement que ça avait augmenté ;
On me demanda de repasser 3 jours après ! Car avant, ce nҩtait pas possible ! (Heureusement que javais mon temps) ;
Ce fonctionnaire à midi pile lança aux deux femmes présentes dans son bureau (ses collègues) : « Na ke na nga ! To komi kaka lobi !) [A demain ! Je men vais !]. On peut là calculer le temps quil a mis à bosser ! On doit donc se (re) mettre au travail. Dabord et avant tout. Sinon, on est mort. A lheure où lAllemagne a mis lҢge de la retraite à 67 ans, ce nest pas avec des horaires pareils que le Congo sera compétitif. Ne rêvons pas.
Quelques minutes après mҪtre bien renseigné, jappris que les tarifs pour ce genre de documents navait nullement augmenté, mais chacun essayait davoir de quoi sacheter un peu de riz ou de maïs pour ses enfants car « Lissouba a zo futa bato te ! » (Lissouba ne paie pas !) Plus de 12 ans après, Lissouba est parti. Les traitements des fonctionnaires sont redevenus réguliers, mais hélas ! ces traditions de vol et descroquerie perdurent encore.
Rien ne vaut les exemples pour mieux illustrer cela.
Dans mon propre entourage, depuis quelques semaines, jai reçu ces derniers temps des appels de la part dun frère qui frise la quarantaine. Diplômé du supérieur, il na en tout et pour tout eu comme boulot quun poste sans aucun rapport avec sa qualification (vigile) avec une paie de 40.000 FCFA/mois. Ce, depuis bientôt 5 ans. Dieu merci, ce Monsieur a lintelligence de ne pas avoir fait denfants car, en homme sensé, si on nest pas capable de se prendre en charge soi-même pourquoi donner la vie alors quon fait venir un être qui na rien demandé à vivre les mêmes misères et calvaires que soi ? (Voilà aussi un point sur lequel on peut discuter longuement) Voilà donc que ce frère, issu dune famille nombreuse comme les Bantu savent en faire (son père a engendré plus de 20 rejetons) sest mis en relation depuis un moment avec un « grand », très haut placé dans ladministration locale qui lui fait comprendre que moyennant 200.000 FCFA (un peu plus de 304,90), il pouvait lui trouver un poste (lequel ?) dans la Fonction publique.
Tout le monde doit quand même avoir en mémoire les fameux « Recrutements anarchiques » datant du dernier virage de lҨre Sassou I quand, en 1989-1990, la Fonction publique, sous limpulsion de Mme Jeanne Dambenzet procéda à des recrutements qualifiés par tout monde (sauf par le parti au pouvoir et le gouvernement dalors) danarchiques. Je connais même une famille à Ouénzé où le père fut heureux de voir 5 de ses enfants être recrutés dun seul coup dans cette fonction publique, lui ôtant pas mal dҩpines du pied. Peine perdue, car nombre de ces néo-fonctionnaires, sinon tous virent leurs noms radiés de ladministration locale.
Retour à la case départ et nouvelle paupérisation dans les familles congolaises. Et comme on sait quun « travailleur » = au moins 10 autres bouches à nourrir, je laisse à tout le monde le soin dimaginer le désastre.
On prend les mêmes et on recommence
En 1999, lors dune causerie avec un aîné que je ne me permettrai jamais de qualifier de « tribaliste » ou de régionaliste, tant son patriotisme, je lai éprouvé plusieurs fois, je pus mesurer avec plus de force encore combien Sassou II avait du m駪me ses plus fervents défenseurs. Cet aîné me raconta comment, bravant une bonne partie de sa famille, il milita au sein des FDU à Paris, lui qui avait quitté le Congo en 1979, soit quelques mois après larrivée dun certain jeune officier du nom de Denis Sassou Nguesso. Il croyait en son militantisme et était persuadé que lҩchec que son leader avait connu en 1992 ne pouvait quavoir changé lhomme. Il était persuadé quun homme nouveau était né des cendres de celui de 1992. Dieu merci, après l « offensive généralisée » de 1997, il ne commit pas limprudence de rentrer au pays « ngoulou-ngoulou » comme on dit pour aller se disputer un maroquin, ou encore un obscur poste de « Conseiller » comme nous les aimons tant et si bien. Il resta en France à préparer son retour et me raconta encore avec ferveur comment lors dun certain meeting parisien, son leader les avait galvanisés, leur promettant un Congo nouveau
Hélas ! trois fois hélas ! Il me dit, très désespéré que « mboka wana ekomi kaka ya ba enterrements » tant il était désabusé parce qui sy passait, deux à peine après le retour de « lAutorité soleil ». On peut comprendre que la guerre de 1997 et les 5 ans de lissoubisme aient pu faire reculer le Congo de plusieurs décennies, mais il est difficile de comprendre pourquoi un homme qui veut travailler pour son pays nous ramène des dinosaures dans ses gouvernements tels que cette Jeanne Dambenzet (pour ne citer quelle) de nouveau. Et là on peut se demander quelles idées nouvelles ces Hommes qui entourent le chef vont lui apporter après les monumentaux ratés des 80 ? Visiblement, après leur cuisant échec de 1992, les caciques du PCT et/ou de lentourage de Sassou Nguesso ne sont pas repartis à lEcole. Ni à celle de la vie, ni à celle des papiers et des diplômes. En somme, non seulement ils nont rien retenu des années passées, mais en plus, ils nont rien appris 5 ans durant. Ils nont pas vu que le monde avait changé. Leur logiciel est resté bloqué sur 1984, année davant un certain Pas (Programme dajustement structurel imposé par le FMI). Ils sont revenus pour reprendre avec les mêmes vieilles habitudes. Il suffisait de voir certains dentre eux à lAssemblée nationale de 1992 à 1997 : combien parlaient ? Combien débattaient ?
« Avant daller au Ciel, il faut y avoir quelquun »
Aujourdhui, laccès à cette Fonction publique est plus que jamais un luxe. Si on ne connaît personne de haut, voir de très haut placé, cest devenu une chimère. Un vrai leurre. Soit on bat le pavé, soit on se démerde des années durant, en attendant de se trouver une place dans le privé.
Jai été très étonné par la qualité des messages de ce frère sur mon répondeur, me réclamant cette aide. Etonné pas par le fait car, depuis des années cest devenu aussi banal que de voir BZV plongée dans le noir faute dҩlectricité, mais cest le montant qui ma choqué : « 200.000 FCFA seulement ! » me suis-je dit. En effet car, depuis un certain temps, la somme que jentends tout le temps prononcée par les « experts » en ce domaine cest 500.000 FCFA (soit 2,5 fois). Ce doit une forme de la Nouvelle Espérance. Après 12 ans de pouvoir, que nous dirons les thuriféraires de ce beau slogan aussi creux que les cerveaux de ceux qui le débitent nuit et jour ? Ils nous présenteront une route ? Un pont ? Une canalisation ? En 12 ans de pouvoir et une corruption inégalée (je pèse mes mots).
Cest honteux. Au-delà même de la honte, cest un sentiment de colère qui ne peut que nous animer de voir nos frères et surs obligés de payer pour travailler. Nombreux sendettent pour trouver ces sommes. Et quand on connaît les salaires de la Fonction publique, et quand on sait quils ont du monde à nourrir (dès quon travaille, on a de nouveaux amis et de nouveaux parents).
Un dirigeant dune structure dEtat ma dit il y a 5 ans avoir déboursé 14.000.000 FCFA (21342,86) pour placer ou replacer ses frères et cousins dans ladministration. Cest quoi ce pays ? On pourra me parler des inspecteurs et autres contrôleurs. Il a rigolé de ma naïveté en mexpliquant comment il mettait (de même que les autres), ces Hommes dans sa poche et tous les contrôles et autres inspections se passaient sans rien à signaler
Cest le même scénario pour les bourses et autres pensions. Si tu ne connais personne, ou tu graisses la patte ou tu tҩcrases. Comme dit cet adage kikongo « Samu na ku kwenda na zulu, nge lenda vuanda na muntu kuna » (Avant daller au ciel, il faut avoir quelquun qui ty ait précédé). Si le contrôleur est lui-même corrompu, quels résultats peut-on en attendre ?
Ne rêvons pas. A lallure où vont les choses, nous sommes partis, à moins dun sursaut de très grande envergure, pour de longues décennies dobscurantisme avec des pauvres de plus en plus pauvres et des « riches » tellement riches quils vont continuer à nous narguer nuit et jour.
Des propositions, les Congolais en font tous les jours. Mais quand on a affaire à des murs en face de soi, du matin au soir, Internet devient en effet un excellent espace dexpression car on sait quon ny sera pas muselé.
Le Congo-Marien regorge de cadres dune compétence extrême, dans tous les domaines possibles. Mais si le pays ne leur donne pas 0,0001% despaces pour exprimer leurs talents, ce sera toujours dautres pays qui en bénéficieront. Il est difficile de concevoir que le chef de lEtat sen prenne au civisme de ses concitoyens (Cf. interview accordée à François Soudan de JA il y a quelques semaines), un peu à raison il est vrai, et promette de résoudre la question de linsalubrité en passant par une sociét belge ! 10 ans de pouvoir pour en arriver l ?
Vastes sujets dont on peut toujours discuter. M82
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