Forêt congolaise : les dessous peu reluisants du développement rentable cher à SassouLes chiffres parlent d’eux-mêmes. 4% du PIB (10% hors pétrole.) Second poste des recettes d’exportations derrière l’or noir. La forêt congolaise est une mine d’or. Le gouvernement congolais, qui l’a bien compris, ne lésine donc pas sur les moyens de fructifier cette mine. Ainsi, l’ancienne législation forestière a été dépoussiérée et remise au goût du jour : accord de partenariat volontaire avec l’UE, traçabilité du bois récolté, contrôle des entreprises concessionnaire et sanctions de l’exploitation forestière illégale, transformation des production sur place. C’est du sérieux. Fini le n’importe quoi des temps passés. Cerise sur le gâteau : développement durable et conservation de la biodiversité pour la touche écolo garantis.Bongo, avec ses discours vaseux sur l’environnement, peut aller se rhabiller. La forêt du Bassin du Congo n’a qu’un défenseur, c’est Sassou. Il a fait de la gestion et de la protection de ses 22 millions d’hectares de forêt un modèle que le monde entier ne manquera pas bientôt de lui envier.
Ca, c’est sur le papier. Car sur le terrain, la réalité est tout autre. Cette réalité se résume en trois mots : bordel, impunité et corruption.
Le bordel, c’est celui d’une administration censée contrôler les entreprises forestières avec une forte présence sur le terrain. Mais sans véhicules pour se rendre en forêt, ils bullent dans leurs bureaux à Brazzaville (alors qu’ils n’ont rien à y faire) pour le plus grand bonheur des exploitants qui coupent tout selon leur bon vouloir et déclarent ce qu’ils veulent. Quand par malheur, ils se font choper, les amendes sont si ridiculement dérisoires qu’ils ne les payent même pas. Selon un rapport de l’Observatoire indépendante de la mise en application de la loi forestière et la gouvernance[1], des contrôles effectués en 2008 révèlent que le nombre de pieds, c’est-à-dire de bois coupés atteignent 75 % de celui prévue par l’autorisation de coupe annuelle (ACA). Curieusement, ce sont les essences les plus prisées, donc les plus chères sur le marché tel que l’okoumé, qui sont les plus surexploitées. Mais c’est sûrement un hasard.
Le bordel, c’est aussi l’absence de données centralisées et fiables. Impossible de savoir quelle société exploite quoi, où et combien de m3 par an, et combien rapporte réellement les ressources forestières. L’évaporation fiscale, un sport très prisé dans ce milieu. Quant aux personnels en poste, ils ne connaissent pas grand chose à la forêt. La propagande du régime se complait à nous filer des informations et des chiffres non seulement invérifiables, mais qui, surtout, sont loin d’apporter une vision claire sur l’exploitation forestière dans le pays.
L’impunité démoralise les rares fonctionnaires qui croient encore naïvement en l’existence de l’Etat dans ce pays. Les experts de l’OI citent un exemple éloquent, celui de la société TAMAN. Bénéficiaire d’une concession prévue sur 15 ans, cette société rend, sans autre forme de procès, la concession au ministère de Djombo au bout de six ans après qu’il ait « prélevé, pour l’année 2006 par exemple, un volume trois fois supérieur à son volume prévisionnel fixé à 28 571 m 3 (…). Conclusion des experts de l’OI, « ce cas démontre qu’une société peut « vider » une UFE et la retourner au domaine permanent de l’Etat sans autres conséquences. » En clair, il s’est cassé quand il a siphonné « les produits qui l’intéressaient. » Comme exemple de foutage de gueule, difficile de faire aussi bien, mais comment s’en étonner dans ce pays où l’argent tombe du ciel. Et les néo colons auraient tort de se gêner.
Impunité toujours, la société SFIB a coupé plus de 812 arbres sans autorisation, et a continué tranquillement son petit bonhomme de chemin sans rien craindre de Djombo. Une autre s’est fait gauler pour une coupe en douce de 3 550 pieds d’une valeur de 2,5 milliards de francs CFA. Vous ne devinerez jamais le montant de l’amende. 500 000 francs CFA. Si, si, vous avez bien lu : cinq cents mille francs, pour une fraude de 2,5 milliards, soit 0,02%. A ce prix-là (même pas celui d’un terrain nu à Kintélé), il n’y a que le dernier des cons qui ne serait pas tenté de faire du Bassin du Congo un petit Sahara en le vidant de ses forêts.
On pense inévitablement l'exploitation pétrolière, c’est-à-dire à une économie de rente dominée par la corruption, le pillage, les comptes off shore, les cargaisons fantômes et les magouilles en tous genres. Comme le pétrole dont les Cons-golais ne voient plus que la pollution et la disparition du poisson au large de nos côtes, ils ne verront bientôt plus de la forêt que les effets de la déforestation, dont la disparition inéluctable des centaines d’espèces animales et végétales.
Quant à la corruption, elle apparaît en filigrane. Les auteurs du rapport se gardent bien d’écrire ce mot qui provoque instantanément une irruption de boutons chez Sassou, mais la désinvolture du ministère de l’économie forestière ne saurait s’expliquer autrement. En effet, les experts de l’OI « s’interrogent sur certaines situations, comme celles de la Bouenza et de la Cuvette Ouest par exemple, où aucun PV n’a été émis malgré la réalisation de plusieurs contrôles de terrain » (page 11.) Après ces précautions de langage, ils se lâchent et notent que l’application des amendes « est caractérisée par une certaine opacité (…) par l’autorité compétente. » En clair, c’est Djombo, ou son administration qui s’arrange avec les fraudeurs dont le montant des amendes négocié de gré à gré est impossible à apprécier faute de texte qui en fixe les modalités de calcul. C’est à la tête de client. Pas de reçu, ni vu ni connu.
Conclusion : « il est évident que de telles pratiques de sous-estimations de montants de transactions rendent la fraude rentable pour les sociétés incriminées et laissent entrevoir une forte probabilité de complaisance des agents du MEF à l’égard de ces dernières. » Complaisance ? Tout est dit.
Musi Kanda (SOURCE :
http://www.mwinda.org)