La rédaction de congopage, ne parvenant pas à connaître les tenants de l’agitation qui a entouré les obsèques de Jean-Pierre Thystère Tchicaya, a décidé de vous offrir le premier article de journalisme interactif. Toutes les versions proposées nous ont été confiées par des personnes "dignes de foi". Alors, choisissez la votre elle est sans doute aussi vraie/fausse que celle du voisin.
Tout commence par un formidable micmac pour décider du lieu où aura lieu la veillée. Les militants du RDPS ont déjà fait préparer le stade Kokolo Kopa à Mvoumvou, dans le fief électif du disparu. D’autres auraient préféré le stade Tata Loboko, plus proche du lieu de sépulture. Pour leur part caciques du RMP exigent, compte tenu de la venue prévue du chef de l’Etat, un lieu politiquement plus neutre et plus facile à sécuriser, le stade Anselmi au Plateau en centre ville entièrement clos ferait pour eux parfaitement l’affaire. Après bien des tractations, la poire sera coupée en deux. La dépouille passera son avant dernière nuit à Mvoumvou avec ses administrés, et sa dernière nuit au Plateau avec les autorités. Le stade Kokolo Kopa aura au moins bénéficié d’une rénovation, sommaire, mais bienvenue. Le stade Tata Loboko situé décidément dans un quartier trop populaire ne bénéficiant de rien.
A peine descendu de l’avion, le cercueil passe en revue, pointilleusement aligné dans l’ordre de la préséance protocolaire, le who’s who Kouilois au grand complet ainsi que quelques infiltrés brazzavillois.
Le cercueil est chargé sur le plateau d’un semi remorque qu’une bonne fée a transformé en catafalque en le couvrant d’un immense drapeau national.
Pour sa longue et ultime visite complète de la ville, Ya Titi est accompagnée par un cortège pléthorique et turbulent.
Au rond point de Sympathique à Mvoumvou, quelques caillasses lancées par
a) des voyous nihilistes des bas quartiers,
b) des agitateurs du PCT voulant justifier une répression brutale,
c) des agitateurs des partis d’opposition revanchards après leur défaite électorale,
volent à l’attention des forces de l’ordre. Des slogans accusant Denis Sassou Nguesso de sorcellerie et d’empoisonnement sont scandés. La police
d) réagit mollement (façon quelques caresses du bout de la matraque, il aurait fallu leur en donner un peu plus).
e) exagérément (façon il a fallu évacuer vers l’hôpital des gens bien gentils qui n’avaient rien fait).
f) garde un calme olympien (façon horse-guard).
D’ordinaire l’accueil que Pointe-Noire réserve à Denis Sassou Ngesso est flatteur et chaleureux, mais pour l’occasion ce sont injures et quolibets qui auront été au menu présidentiel. Dès son arrivée le ton est donné, la foule accuse le président d’avoir empoisonné le leader vili
g) pour éliminer un rival.
h) Pour des raisons mystiques.
Elle lui promet d’en faire le suivant sur la liste. L’ambiance est telle que la sécurité présidentielle s’inquiète et pousse pour abréger la prestation du chef.
Dimanche soir encore, télévision Pointe-Noire démentait que la journée puisse être chômée payée, pourtant la ville est déserte comme si la ville avait été déclarée morte. UNICONGO a conseillé à ses adhérents de rester fermés. Que ce soit par déférence pour le disparu (version officielle) ou par prudence en cas de dérapage de la manifestation (version officieuse), le fait est que le mot d’ordre est remarquablement bien suivi. La plupart des entreprises ont gardé porte close.
Au stade Anselmi, Bernard Batchi loue la rigueur du défunt qui , nous ne l’ignorons pas
i) a été le meilleur administrateur de la ville.
j) s’est toute sa vie s’est illustré sa versatilité et sa cupidité.
k) a été un infatigable serviteur de la nation.
La messe est ordonnée par Monseigneur Jean-Claude Makaya-Loemba évêque de la ville. Elle est servie, en présence du chef de l’Etat et de madame, par tout ce qui porte soutane au Kouilou.
C’est porté par des fusilliers marins que le cercueil est chargé dans un banal corbillard municipal.
Le cortège d’engage dans la ville au pas de l’âne et suivi par une foule énorme. Des heurts avec la police sont signalés par mail par le consulat de France à 12heures 45, ils auraient eu lieu au niveau du rond point Kassai et du CCF. Matthieu joint au téléphone nous dit avec tons à la Doc Gynéco qu’il y a bien eu un moment d’agitation avec beaucoup de monde qui courrait dans tous les sens mais rien qui ait pu l’inquiéter. Un peu plus tard, sur le bord bord, l’avenue Marien Ngouabi qui suit les rails du CFCO,
l) des voyous nihilistes des bas quartiers,
m) des agitateurs du PCT voulant justifier une répression brutale,
n) des agitateurs des partis d’opposition revanchards après leur défaite électorale,
o) des agitateurs étrangers,
brisent toutes les vitres des camions d’une entreprise de travaux publics.
Des véhicules sont renversés, des magasins pillés.
Le corbillard a, dit-on, les roues crevées par des éléments non identifiés.
On voit passer en ville toutes sirènes hurlantes des pick-up de la police chargés de jeunes menottés. (une trentaine selon la thèse officielle).
L’accès au cimetière familial de Mboukou relève de l’exploit tant la foule est dense et agitée.
Sassou n’est pas venu. Sa com dit que le président ne va pas dans les cimetières (à vérifier).
Le premier ministre est présent, mais il s’esquivera rapidement.
Certains notables préfèrent rebrousser chemin sans avoir atteint le lieu de sépulture.
L’honorable Mabio Mavoungou Zinga, pressenti successeur du disparu à la tête du RDPS, est bien là, DRTV insiste sur son image. [1]
Le caractère émeutier de cette journée est a mettre à l’actif
p) des pratiques de sorcellerie au sein du pouvoir.
q) du mécontentement général de la population.
r) des débordements anti démocratiques d’une opposition refusant de voir quoi que ce soit de positif dans l’action présidentielle.

