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Les tortues marines de la côte congolaise

On ne peut prétendre défendre l’existence et le bien être de l’homme sans défendre la diversité du milieu dans lequel il vit.

Le mot écologie a été introduit en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel. L’écologie (du grec oikos, « maison » et logos « discours ») est la science de l’habitat, c’est-à-dire l’étude des conditions d’existence des êtres vivants et de leurs relations avec le milieu. [1]
Son développement s’est considérablement accéléré après 1950. [2]
Apparus dans les années 1960, les mouvements écologistes se situaient alors en dehors du système politique. Ils alertaient les autorités sur les dangers de l’industrialisation et sur l’urgence de la prise de décisions pour y remédier. Considérés au début comme groupuscules gauchistes et plus trublions qu’apporteurs d’idées, ils ont longtemps joué les Cassandre, avant que leur prise de poids politique et l’évidence du réchauffement planétaire ne les invite à nombre de gouvernements.

Nous ne pouvons que constater les dégâts subis par la planète et espérer qu’ils soient réversibles. Nous soutenons toute action visant à protéger quelque partie que ce soit de notre bio diversité en respectant toutes les autres.

A ce titre, nous offrons une fois de plus une tribune aux amis des tortues : Rénatura.


Reprise des activités « tortues marines »

Chaque année, entre les mois d’octobre et de mars, des centaines de tortues marines sortent sur les plages congolaises pour une phase essentielle à leur survie : la ponte. L’association Rénatura les étudie et les préserve depuis le début de l’année 2000. Ces espèces sont en effet menacées de disparition dans le monde entier.

Après avoir connu quelques difficultés financières, Rénatura a mise en place ses équipes saisonnières de suivi des pontes de tortues marines le long du littoral du Congo (hors Parc national de Conkouati-Douli) en novembre dernier. Pour faire face aux restrictions budgétaires, les activités ont dû être limitées et le personnel réduit, toutefois une bonne partie de la côte est couverte, quotidiennement ou régulièrement. Ainsi, 12 agents d’étude et de sauvegarde des tortues marines recrutés et formés par Rénatura parcourent actuellement les plages.

Deux types de suivi des pontes

Deux équipes de 5 agents chacune suivent l’intégralité des pontes sur deux sites de 10 km : Djeno et Bellelo (voir carte).

Ces deux équipes effectuent quotidiennement des patrouilles nocturnes afin de rencontrer les femelles lors de leurs sorties, de les étudier durant leurs pontes et de dissuader les éventuels braconniers d’agir. Une patrouille est également exécutée chaque matin afin de comptabiliser les pontes et traces de la nuit. Cette tournée permet également de rencontrer les pêcheurs, commerçants et villageois et de leur transmettre des informations relatives aux tortues marines et à leur conservation. Ce type Loango d’activité présente généralement d’excellents résultats : au cours des saisons précédentes, le taux de braconnage des nids est passé de près de 100% à environ 10% sur les sites suivis. De plus, la chasse des tortues durant leurs pontes est désormais quasiment nulle.

Trois fois par semaine, des agents de chaque site parcourent la plage prolongeant la zone balisée afin de recenser toutes les pontes apparues depuis le dernier passage. Cette activité entre dans le cadre de l’étude estimative des pontes sur le littoral congolais.

Trois zones supplémentaires, longues de 10 à 20 km, sont couvertes dans le même programme (voir carte). Celles-ci sont parcourues chaque matin durant cinq jours toutes les trois semaines dans le but de comptabiliser les pontes survenues depuis le dernier passage. Les donnée récoltées seront ensuite traitées statistiquement afin d’estimer le nombre de pontes survenues sur le littoral durant la saison.

Des tortues un peu timides

Pour l’heure, les pontes enregistrées sont peu nombreuses : environ deux par kilomètre en deux mois d’activité. Cette tendance est constatée sur les autres plages d’Afrique centrale. Elle ne témoigne pas nécessairement de la disparition des tortues marines et peut être expliqué de différentes façons : cycles de ponte, migrations, climat, etc.
Les pontes seront suivies jusqu’en avril prochain.

Quant à l’activité permanente de suivi et libération des tortues prises accidentellement dans les filets de pêche, elle poursuit son cours. Le principe est toujours le même : le pêcheur signale sa capture de sa propre initiative à l’association, les agents chargés du programme la libèrent, relèvent différentes informations, les marquent de bagues d’identification et estiment les dégâts engendrés par la tortue dans le filet. Rénatura fournit alors le matériel nécessaire à la réparation de ce strict accroc (bobine de fil, pièces de filet), le ravaudage restant à la charge du pêcheur. Cette mesure connaît un franc succès : un millier de tortues sont ainsi relâchées chaque année.


La Baie de Loango : un site exceptionnel !

La Baie de Loango est réputée pour son important intérêt touristique. Ses gorges, sa côte et son site historique relatif à la traite négrière attirent de nombreux plaisanciers tout au long de l’année.

Cependant, la Baie de Loango présente un tout autre intérêt, bien moins connu mais non des moindres. En effet, ses eaux renferment des fonds rocheux à la biodiversité abondante qui attirent de nombreuses espèces.

Les tortues marines fréquentent elles aussi ce riche écosystème pour s’y nourrir et s’y développer. Les pêcheurs artisanaux y travaillant également, les prises accidentelles de tortues dans les filets de pêche sont quasiment quotidiennes. A travers son programme de libération de ces captures, Rénatura a remis à l’eau près de 5 000 tortues depuis septembre 2005. La plupart des tortues attrapées le sont dans la Baie de Loango et la moitié d’entre elles sont des tortues vertes, souvent juvéniles, espèce se reproduisant sporadiquement au Congo.

Ainsi, Rénatura a mis en évidence la présence d’un important site d’alimentation et de croissance des tortues vertes. Jusqu’ici, aucun site identique pour cette espèce n’avait été observé en Afrique occidentale. Cette intéressante découverte a interpellé la communauté scientifique internationale, par conséquent l’étude et la préservation des tortues marines dans la Baie de Loango devrait devenir une priorité sous-régionale.

A noter :
Le dimanche, de nombreux pêcheurs de la Baie de Loango, et principalement de la Pointe Indienne, proposent aux plaisanciers d’acheter une tortue, faute de quoi ils menacent de la tuer. Il est important de savoir que si les personnes sollicitées refusent, l’animal sera certainement remis aux agents de Rénatura mais cette solution est moins avantageuse pour le pêcheur. N’hésitez pas à contacter l’un des agents de l’association chargés des libérations, ils vous rejoindront pour procéder à celle-ci.
 Cyrille : 567 75 99
 Frakata : 541 40 35


Tradition congolaise : les tortues marines

Il est surprenant de connaître la place des tortues marines dans la coutume congolaise au regard de l’utilisation qui en est faite de nos jours.

Auparavant, les tortues marines étaient en effet considérées comme des « sirènes », des génies de la mer porteurs d’esprits maléfiques, qu’il ne fallait pas déranger sous peine de « représailles mystiques ». Ainsi, ces animaux étaient respectés et rarement chassés. Les rencontrer en mer pouvait être d’une telle mauvaise augure que les pêcheurs pouvaient décider de retourner à terre afin de ne pas courir de risques inutiles. En cas de capture dans un filet de pêche, plus aucun poisson ne pouvait être attrapé par la suite à moins de réaliser un rite de nettoyage du filet, ce qui pouvait immobiliser celui-ci sur terre jusqu’à deux semaines.

Même si certaines personnes consommaient ponctuellement de la chaire de tortue marine, celle-ci était formellement interdite aux femmes enceintes. On raconte qu’en effet l’esprit de l’animal pouvait influencer la grossesse jusqu’à provoquer la mort du fœtus ou la naissance d’un enfant malformé.
La diabolisation des tortues marines dans la coutume congolaise avait l’avantage de leur offrir une mesure de conservation locale. Bien que cette tradition ne soit plus en vigueur, il est intéressant de constater que la sauvegarde de ces espèces ne va pas à l’encontre de celle-ci.

A télécharger sur le site Internet de Rénatura : « Les coutumes et légendes congolaises relatives aux tortues marines ».


Le saviez-vous ? Les records de la tortue luth

La tortue luth est un animal tout à fait exceptionnel. Tout d’abord, c’est la plus grosse tortue du monde, le plus important spécimen observé pesait 950 kg pour une longueur de plus de 2 m !

Ses migrations sont également spectaculaires : elle peut par exemple parcourir 5 500 km en 3 mois. On la trouve ainsi dans la plupart des océans du monde, même dans les plus froids, une épaisse couche de graisse lui permettant de supporter des températures allant jusqu’à 3°C, ce dont sont incapables tous les autres reptiles.

La tortue luth détient de plus le record de plongée. Elle peut atteindre 1 000 m de profondeur et rester en apnée près d’une heure !

A l’instar des tortues terrestres géantes, sa longévité pourrait elle aussi représenter un record. Celle-ci est cependant méconnue, cet animal ne supportant pas la captivité et ne pouvant donc être suivi depuis sa naissance.


Rénatura Congo
B.P. 414
Pointe-Noire
Rép. du Congo
(+242) 561 52 12
(+242) 544 99 99
[email protected]

Natur’info
Rédaction : Gaëlle Bal
Crédit photos : Rénatura

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